L'archéologie est la science qui étudie les sociétés humaines du passé à travers leurs vestiges matériels.
Elle se distingue par ses méthodes de fouille, d'analyse et d'interprétation des artefacts, des structures architecturales et des restes organiques.

Les archéologues travaillent sur des sites variés, allant des habitats préhistoriques aux cités antiques, en passant par les épaves de navires.
Leur objectif est de reconstituer les modes de vie, les technologies, les croyances et les interactions sociales des populations anciennes.
L'archéologie utilise des techniques interdisciplinaires, intégrant la géologie, l'anthropologie, la chimie et les technologies modernes comme la datation au carbone 14 et l'imagerie satellite.
Elle joue un rôle crucial dans la préservation du patrimoine culturel et contribue à notre compréhension de l'évolution humaine et des civilisations disparues.

Fréquentées depuis les époques préhistoriques, les grottes, par les conditions de conservatione exceptionnelles qu'elles procurent, sont des lieux de prédilection pour les études archéologiques.
Les grottes ornées sont les découvertes les plus remarquables et l'art pariétal qui est visible dans celles-ci témoigne du besoin de communiquer au travers du temps comme on peut l'admirer dans la grotte Chauvet, la grotte de Lascaux ou la grotte Cosquer.

-Outre l'art pariétal, les études sur les spéléothèmes peuvent apporter des connaissances inespérées.

De nombreux sites sont ouverts au public et, aux  Eyzies où s'est déroulé le Congrès de la Fédération Française de Spéléologie du 7 au 9 juin 2025 est associé  le pôle de la préhistoire.

Rappel concernant la découverte de restes archéologiques

Les activités spéléologiques ont contribué à de nombreuses découvertes archéologiques et paléontologiques.

Les cavités ont subi de nombreuses modifications au fil de l'évolution des climats, les entrées se sont parfois obstruées. Des réseaux actifs ont traversé d'anciennes galeries fossiles. Les traces de fréquentation par l'homme ou l'animal n'étaient plus accessibles à la suite des modifications morphologiques des cavités. Elles ont été découvertes par les spéléologues à la suite de désobstructions.

Côté archéologie, la plupart des grottes ornées ont été découvertes par les spéléologues, la plus emblématique étant la grotte Chauvet. De très nombreuses grottes sépulcrales ont été explorées, notamment dans les Grands Causses, comme à Bramabiau par D. et M. André.

À Saint-Antonin-Noble-Val (Tarn-et-Garonne) la désobstruction dans une fracture de surface a permis de découvrir l'igue des Rameaux [1] en 1971, et révéler un important gisement archéo-paléontologique en 1985 de plus de 300 000 ans. Ce site a été étudié par F. Rouzaud et J.-P. Brugal pendant 6 ans. Il a été confirmé comme le plus important site d'Europe pour le loup par M. Boudadi Maligne.

À Bruniquel (Tarn-et-Garonne) [2] la désobstruction en 1990 d'un trou a permis la datation, en 2014, du plus vieux site néandertalien en milieu souterrain profond.

Dans le massif de la Chartreuse, la découverte d'ossements de bouquetins [3] dans des cavités a prouvé que l'animal était bien présent par le passé et a justifié sa réintroduction.
L'étude de la répartition des ossements de chauves-souris [4] dans une grotte mis en évidence la relation entre l'habitat des chauves-souris et les paléoclimatscar il était plus ou moins éloigné de l'entrée selon que l'on soit en période glaciaire ou interglaciaire.
L'ours des cavernes a utilisé de -45 000 à -28 000 ans, la Balme à Collomb pendant les périodes froides. La découverte de cette cavité et les recherches qui ont suivi ont permis de mieux comprendre son mode d'hivernation et légitimité la construction du musée de l'Ours des cavernes [5] à Entremont-le-Vieux (73).

D'autres vestiges de faune quaternaire ont été retrouvés dans les milieux karstiques par les spéléologues comme du mammouth (plusieurs dizaines de sites en France), dans l'affluent de Joly (Padirac), identifiés par M. Philippe ainsi que de la grosse faune : hyène des cavernes, bison, renne, lion des cavernes. Du mammouth méridional a été trouvé en grotte vers Azé (Saône-et-Loire), par l'équipe de L. Barriquand. Son étude et la datation de la stalagmite le recouvrant donne un âge de -600 000 ans.

Une grotte en cours d'étude en Lozère a même donné un âge de -2,5 millions d'années (L.Bruxelles, communication personnelle).

La mine de fer de Bovinant (Isère) [6] associée à une cavité karstique, avait complètement disparu des mémoires. Redécouverte lors de prospections spéléologiques son histoire et mode d'exploitation a pu être reconstitué

À la grotte du Calel à Sorèze (Tarn), les spéléologues ont alerté les archéologues pour qu'ils étudient le site d'extraction du fer moyenâgeux à l'origine du creusement de cette grotte. Grâce aux spéléologues locaux et régionaux la carrière de la Mandre n'a pas détruit ce site.

Et ce ne sont que quelques exemples.

Sous quelle forme se déroule la contribution des spéléologues au-delà des découvertes ?

La déclaration de découverte permet d'ouvrir une étude de site par les services de l'État. Les spéléologues sont les plus aptes à progresser sous terre et pour apporter l'aide logistique nécessaire. Le spéléologue a une bonne connaissance de la fragilité du milieu et peut aider le spécialiste, qui n'a pas l'habitude de ce milieu si particulier, à évoluer sans détériorer. Ce sont souvent les spéléologues qui mettent en place les mesures de protection des personnes et/ou de zones, fragilisées par la présence d'argile, pour éviter le fluage des sédiments dans un éboulis, par exemple, et qui proposent un cahier des charges pour cheminer en toute sécurité et sans danger pour le site. Généralement, ils assurent la gestion de la grotte.

Un spéléologue doit être bien informé : savoir arrêter une désobstruction au bon moment, savoir observer les sols et les parois afin de ne pas dégrader involontairement une trace ancienne très peu visible. C'est le rôle de nos formateurs lors de stages spécifiques.

Le spéléologue tient son rôle dans la communication. C'est d'ordinaire le club local qui assure le lien avec la municipalité et sa population. À Bruniquel, par exemple, les habitants vivent au rythme des chantiers d'étude par le biais de conférences ou d'articles dans le bulletin municipal.

Que ce soit en paléontologie ou en archéologie, de nombreux spécialistes interviennent. Le spéléologue est le généraliste du milieu souterrain : il est souvent le meilleur coordinateur entre toutes les disciplines.

------- Bibliographie --------
[1] Paléo (Les Eyzies de Tayac-Sireuil). 1990, Num 2, pp89-106
[2]Michel et Denise Soulier, Jacques Jaubert et Sophie Verheyden - 2022 - La grotte de Bruniquel de Bruniquel - Tarn-et-Garonne - Spelunca Num 166
[3]GRIGGO C., GAY I., FABBRO É., HOBLÉA F., ARGANT A., ARGANT J., DODELIN C., PHILIPPE M. - 2018 - Un aven piège à bouquetins et chamois servant de référentiel taphonomique : La grotte Tempiette à Entremont-le-Vieux (Savoie), collection EDYTEM. Cahiers de géographie n°20, pp. 51-72
[4] https://geb.ffspeleo.fr/IMG/pdf/thanatocenose-commentaires-5.pdf
[5]https://musee-ours-cavernes.com/
[6] DUPRAZ Joëlle - 1984- Archéologie médiévale Num 14 p. 393

Empreintes de pas humains

Empreintes de pas humains dans une grotte du Minervois de la période mésolithique (environ 7000 ans avant notre ère). Vestiges d'une exploration spéléologique préhistorique.

 

Philippe Galant - Empreinte de pas humains

Stèle gravée de la fin du Néolithique

Stèle gravée de la fin du Néolithique réutilisée dans le dispositif de condamnation d'une grotte citerne sur els Grands Causses (environ 3000 ans avant notre ère). Découverte exceptionnelle qui témoigne de la complexité des gestes préhistoriques.

Philippe Galant - Stèle gravée de la fin du Néolithique

Trace de torche d'éclairage du mésolithique

Trace de torche d'éclairage du mésolithique sur une paroi d'une grotte du Minervois (environ 7000 ans avant notre ère). Vestiges d'une exploration spéléologique préhistorique.

Philippe Galant - Trace de torche d'éclairage du mésolithique

Spéléofacts dans la grotte de Bruniquel

Structures aménagées composées de stalagmites brisées et agencées (Spéléofacts ) datant d'environ 176500 ans.
CNRS

Michel Soulier -Spéléofacts dans la grotte de  Bruniquel

Aven citerne de la fin du Néolithique

Aven citerne de la fin du Néolithique sur les Grands Causses (environ 3000 ans avant notre ère). Utilisation économique d'une cavité pour la récupération et le stockage d'eau.

Philippe Galant - Aven citerne de la fin du Néolithique